Pousser la porte du Raffles Le Royal
Ce matin-là, à Phnom Penh, je pousse la grande porte de bois sombre du Raffles Le Royal : la chaleur tropicale s’efface, remplacée par un parfum de frangipanier et de cire d’abeille. Inauguré en 1929, l’hôtel a vu défiler reines, reporters et romanciers — et garde, près d’un siècle plus tard, cette élégance discrète qui ne s’achète pas.
C’est une adresse à examiner à la loupe. Pas pour son prestige, déjà acquis, mais pour ces détails qui changent tout : la poignée patinée, le carrelage géométrique d’origine, le silence feutré des couloirs.
L’âme Art déco, intacte
Les architectes français ont signé ici un manifeste Art déco mâtiné de motifs khmers. Plafonds hauts, ferronneries d’époque, lustres en bronze : on circule comme dans un livre d’histoire vivant.
- Le lobby — marbre crème, fauteuils en rotin, lumière rasante filtrée par les persiennes
- Le grand escalier — rampe en laiton poli par des milliers de mains
- Les coursives ouvertes — qui donnent sur le jardin, comme un cloître tropical
Chaque chambre porte un nom plutôt qu’un numéro. La mienne, baptisée d’après un ancien résident, ouvre sur une terrasse privée : ventilateur de plafond, lit à baldaquin, et un secrétaire en teck où l’on rêverait d’écrire un roman.
Le rituel maison
À 17h, direction l’Elephant Bar. C’est ici que Jackie Kennedy sirota son fameux Femme Fatale, créé pour elle en 1967 — champagne, crème de fraise, cognac. Le cocktail figure toujours à la carte, servi dans un verre coupe vintage.
L’autre rituel, plus secret : le thé glacé à la fleur de jasmin sur la terrasse du Writers’ Lounge, à l’heure où le soleil rougit les tuiles. Petit luxe, grande émotion.
Jardins tropicaux & piscines jumelles
Deux piscines en miroir, bordées de palmiers et de frangipaniers centenaires, dessinent le cœur de l’hôtel. On y nage tôt, avant que la chaleur ne s’installe, en croisant le jardinier qui ratisse silencieusement les allées de gravier.
- Le spa Amrita propose un massage khmer aux herbes vapeur — une adresse que je garde pour moi
- Le restaurant Restaurant Le Royal sert un amok de poisson digne d’une table étoilée
- Le service est d’une discrétion rare : présent sans jamais peser
Vaut-il son prix ?
À partir de 280 € la nuit, le Raffles Le Royal n’est pas une affaire — mais ce n’en est pas une, justement. C’est un séjour-récit, une parenthèse où l’on dort dans le décor d’un autre siècle sans jamais sentir la naphtaline.
Pour une nuit, pour un cocktail, ou simplement pour le thé du matin sous les ventilateurs : l’adresse mérite la loupe. Et peut-être, mérite le détour.
🏨 Où dormir
SIM Boutique Hotel⭐ 4.0 · 8.5/10 (3,575) · €22 /nuit
Orussey One Hotel & Apartment⭐ 4.0 · 8.0/10 (1,355) · €24 /nuit
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